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Am I Possible ?

Using Taste as a Playground - Identity as a position



Quand on utilise une phrase que mille personnes ont déjà cité et re-cité, il y a peu de risques de se tromper. C'est la recette de beaucoup de succès commerciaux, des best sellers aux soaps de l'après-midi en passant par les tableaux Ikea. Culture, art ou décoration, c'est lisse et facile. Digérable, sucré, ça glisse dans la gorge ou sur le cuir du canapé. C'est pré-mâché, re-mâché et re-craché. Comme une gamme d'identités toutes prêtes. / galvaudées.

Laure Marville, c'est l'inverse. Et son travail est comme elle ; une identité fragmentée et complexe dont les éléments créent un univers f(r)ictionnel qui change constamment de nature avec le spectateur.



A en croire Nicolas Bourriaud, les artistes de la postproduction se définissent par une figure du savoir qui se caractérise par l'invention d'itinéraires à travers la culture. En rendant ce parcours visible, Laure parle d'identité ; de sa construction et de son décryptage, de son affirmation aussi. Car quand elle reprend un motif d'Adolf Loos ou un titre de Jenny Holzer, il s'agit moins d'un hommage que d'une sorte de « disque dur » qui reflète son éducation visuelle et culturelle.



Du death metal à la poya, l'artiste lausannoise navigue dans un univers de signes référentiels infini et pour le moins hétérogène. Sans hiérarchie entre culture populaire ou universitaire, entre Dior et Black Sabbath, entre Black Sabbath et TSR crew ou Tracy Emin ou Tkjeans ou la broderie anglaise ou les féminismes ou les jeux de mots ou Coco Chanel ou True Detective ou la peinture académique ou Judith Butler ou les jeux de société ou Corinna Bille ou la musique classique ou ... [...]



Laure s'en inspire, les utilise et nous en redistribue les éléments dans un patchwork plus proche du punk que du hippie :: WHERE IS THE INVISIBLE LINE THAT WE MUST DRAW TO CREATE INDIVIDUAL THOUGHT PATTERNS :: Elle revendique le droit de faire ce qu’elle veut tout en étant consciente que « ce qu’elle veut » n’a rien de neutre.



Elle évalue les conjonctions de couleurs, de motifs, les notions de bon et de mauvais goût. Mais sans avancer aucune solution, sans proposer de réponse, de recette ni de marche à suivre. Faisant siennes les idées d'Adolf Loos, Laure s'intéresse au style comme à quelque chose qui doit avant tout être investi par l'individu et propre à chacun. Le style doit changer, vieillir, se transformer avec l'individu, en être indissociable, rendant obsolètes les questions de mode, de tradition ou d'étiquette. Que l'on parle de style vestimentaire ou d'accrochage ; s'efforcer de créer une sorte d'hybride entre l'être humain et la chose créée. Selon l'architecte allemand, un intérieur qui aurait été réellement créé par son habitant serait incriticable, inattaquable en terme de style. :: WHEN IT COMES TO YOUR HOUSE, YOU ARE ALWAYS RIGHT. NO ONE ELSE IS RIGHT ::



Laure va plus loin. Elle transforme et s'approprie cette idée jusqu'à en faire la base d'un système de jugement applicable à divers domaines du vécu. Un système personnel ouvert, empathique, modeste et intelligent. Un système de valeur qui n'aurait rien à voir avec le goût, l'intérêt ou les affinités mais bien plus avec une certaine définition de la « sincérité » attendue de la production. Une idée proche de Simack :: LA PHILOSOPHIE DE JUWAIN FOURNIT LA POSSIBILITÉ DE COMPRENDRE LE POINT DE VUE D'AUTRUI. ELLE NE VOUS FERA PAS NÉCESSAIREMENT ADMETTRE CE POINT DE VUE, MAIS VOUS EN RECONNAITREZ L’EXISTENCE ::



Si elle a évidemment des préférences personnelles, elle les considère comme individuelles et sans valeur absolue. Ainsi, toute production, tant qu'elle est communicative, sera valable.

intelligente

personnelle

conséquente



Dans cette pensée, une seule chose est impardonnable ; le « faux », l'imposture. Que ce soit un discours volontairement (ou involontairement) rendu abscons par manque de connaissances, une écriture utilisant des expressions galvaudées ou une oeuvre d'art surfant sur une tendance sans distance ; tout ce qui se rapproche de l'attendu, du prémaché-recraché.



...Moi, je, tu, nous y sommes...



Eggy, Rotwand, la majorité des titres choisis par Laure Marville sont investis de doubles ou triples sens. C'est le reflet d'un système qu'elle applique à l'ensemble de son travail ; une histoire de décalage et d'ambiguïté. Ses productions, comme la série de posters, sont volontairement peu - ou pas – définissables. / multiples.



Une ambiguïté qu'elle recherche et développe sur plusieurs niveaux ;



> possibilités d'usage : invitation, appropriation, utilisation, ...

> statut marchand des pièces : impression vs geste de la main, série/multiple vs pièce unique, ...

> nature des oeuvres : poster, papier peint, encadré, format galerie-déco, peinture, ...



Pour se rendre compte de cette profonde ambivalence, il faut d'abord savoir que la proposition présentée ici n'est qu'une possibilité choisie à un moment donné pour un espace donné. Une sorte d'arrêt sur image sur un ensemble toujours potentiellement autre... Une forme éphémère qui définit, au moment X, le tout.



A Rotwand, les impressions sont posters. Dans un autre contexte, ils pourront se faire papier-peint ou être encadrés. Proprement accrochés en intérieur, ils s'apparenteront à des peintures de grand format domestique, mais ils pourraient aussi bien être placardés à l'extérieur, sur des panneaux d'information ou publicitaires. Cette volonté de brouiller les pistes à toujours été là. Comme avec Beograd im Jaun – une grande impression sur tissus - qui après avoir été montré au mur, tendue sur un wallpainting, se retrouve nonchalamment jeté sur la barrière de l'espace Duplex à Genève. Ou ces poufs, sortes de sculptures fonctionnelles que les visiteurs de la Villa Bernasconi hésitent à utiliser. Quant aux plaques de la série Solid Quote Pictures, sont-elles trop décoratives pour une exposition d'art contemporain ?



En déstabilisant son public quant au statut des oeuvres qu'elle présente, Laure touche à la façon dont il agit ou interagit avec elles. L'artiste lausannoise force le visiteur et l'acheteur à entrer en interaction réelle avec le travail. Car c'est finalement à celui qui possède ou présente l'oeuvre de faire des choix. Chacun l'obligeant à se positionner dans un panel de possibilités touchant tant au système marchand de l'art, à sa diffusion économique et informative, qu'à la potentielle dimension sociale ou élitiste de l'art contemporain.



Les couches - entassées ou tissées - finissent par créer un espace au sein duquel la pensée peut circuler. A la fois invitation et communication, un espace où se rencontrent le spectateur et l'artiste quand ce n'est pas autour d'un verre.



...Moi je tu, tu nous y sommes...



EGGY, LILIES, INDIVIDUAL THOUGHT PATTERNS, LE CHEVAL ROSE ET BLÊME, WOOD, COMPOSITION A, ROTWAND, DOLCE VITA, WARUM EIN MANN GUT ANGEZOGEN SEIN SOLL, SERGE POURPRE, YOAN'S FAV, BILINSKY, RADICALIS: RELATIF À LA RACINE, MÉDUSES, STILL NOT BLACK ENOUGH, STILL NOT BLACK ENOUGH, ABSINTHE, LAST NIGHT, LA MER DE GLACE, LA CRUCHE CASSÉE, ORION NOIR, LA PRISONNIÈRE, SOLID QUOTES, FORÊTS OBSCURES, SEVERAL LAZY POSSIBILITIES, STYLE REMAINS, QUOTE THE NAME, YOU KNOW IT'S NOT YOURS, MAVALA, THIRTEEN , DRESSED 1, DRESSED 2, STRIPPED, SAME FANZINE, STILL NOT BLACK ENOUGH, A FOR ANYTHING / THE PEOPLE MAKER, TOUT ET N'IMPORTE QUOI, LILIES, INDIVIDUAL THOUGHT PATTERNS, LAST NIGHT, ARTIST TO CONSIDER, LE CHEVAL PÂLE, BETTER THAN A HEAVY METTAL POSTER, CREATING MY HOME WITH STYLE, SOMETHING RELATED TO OP ART, A MOMENT OF CLARITY, HELL AWAITS, AN EVENING AT JAUN, JAGONA, BANG BANG JAGONA, CLUB, BEOGRAD IM JAUN.