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Association 1



Association 1 : Couleur brune – Droopy  – système digestif – main de Mickey – peinture d’Aldo Walker. Association 2 : Plateformes – cylindres – Armleder – tissus bleu.

Association 3 : Cartoon pieuvre – briques légos – Crumb – tapisserie baroque.



Yoan Mudry joue avec les couches. Ses toiles... [En premier lieu mais pas seulement, car le travail de Yoan est avant tout un travail d’organisation d’éléments éparses sur différents niveaux, il est donc logique que ses objets, ses textes et ses expositions en tant que tout lisible fonctionnent de la même manière.]

... toutes ses propositions donc, à l’instar de ses toiles, sont comme une portion de la cartographie d’un rhizome, un zoom sur un ensemble de synapses, un cadrage dans un tas de filets emmêlés ; des lignes et des nœuds – parfois chaotiques, parfois sur-organisés. Au long d’une production éclectique, l’artiste nous propose son interprétation des flux dans lesquels nous sommes tous plongés, qui nous envahissent. Les lignes et les nœuds c’est ça.

Pour construire ses propositions Yoan utilise des fragments d’images comme objets culturels. Des fragments se retrouvant à la fois témoins, représentants et acteurs des différents types de discours visuels dont l’artiste ne cesse d’interroger les codes, les fonctionnements, les influences et les limites. Culture populaire, directement identifiable lorsqu’il se réapproprie et détourne des cartoons et des personnages de Disney (Brave men run in my family, Milk-toast). Culture – ou plutôt histoire de l’art – comme dans Dialog mit der Marbriers, F.Sculpture ou Global Paradise. Culture punk aussi, à sa manière, avec My education et Untiteld Yet.

Et dans chacun de ces champs de références, des couches encore. Yoan joue avec les références globales et particulières; histoire occidentale mutuelle et souvenirs partagés uniquement par ceux qui étaient à cette soirée.

Chaque production de l’artiste, bien que pouvant être regardée de manière autonome prend part à un discours plus large dans lequel toute production devient signe. Un peut à la manière dont Lemaître interrogeait la séance de cinéma, Yoan maltraite les frontières entre les différents composants de l’exposition (les pièces, l’artiste, le vin, le spectateur, la communication, l’espace, l’heure...) C’est le cas lorsque six-cent personnes se désinscrivent de la mailing list des Marbriers 4 pour avoir reçu – à la manière du spamming sans interruption et sans explication, sans signature non plus – plus d’une vingtaine d’e-mails comprenant des textes de jeunes artistes. De même lorsqu’il relègue F.Sculpture au stock de l’exposition qu’il vernit et pense à la solder pour cause de pièce manquante; une branche de l’arbre à chat ayant été utilisée pour la réalisation d’une seconde sculpture.

Ces opérations passent souvent inaperçues. Elles jouent avec la temporalité et l’in-situ, elles ont quelque chose de performatif parfois difficile à définir. Sortes de stratégies d’appropriation du contexte global de l’art contemporain, ces gestes/choix sont pour lui l’occasion d’interroger tant la pérennité d’une œuvre, celle d’une carrière ou du fonctionnement d’un marché.

Les éléments assemblés par l’artiste créent des lignes narratives ouvertes et mouvantes ; des modèles de récits possibles. Par le choix premier des fragments, par leur mise en dialogue, Yoan raconte des histoires. Mais à l’image du Joker et de son sourire, ces histoires sont souvent prétextes, jamais qu’à moitié vraies. Elles ne peuvent être prises au sérieux si ce n’est pour comprendre le système de l’artiste. Point de départ, elles comportent une dimension de mensonge (C’est d’ailleurs peut-être là qu’on est au plus proche de l’univers de référence de l’artiste.) Mais il s’agit ici d’un mensonge qui, à la fois est vérité ; un non-sens déstabilisateur du sens courant et producteur de nouveaux effets. Une sorte de chat de Schrödinger inversé. Mort-vivant, depuis le fond de sa boite, le chat permet à toutes les réalités d’exister simultanément jusqu’à ce qu’advienne l’observation. A l’inverse, le travail de Yoan est Un jusqu’à ce que l’observation – le regard du spectateur – le rende plusieurs.

C’est que les images de l’artiste jouent constamment un double, voir un triple jeu. Elles représentent de manière littérale leur contenu mais elles sont aussi les signes permettant de reconstruire un discours global. Chaque œuvre vient à la fois construire le discours, en perpétrer le souvenir et le perturber. Chaque pièce est une extension. L’image, l’exposition, l’objet et les éléments qui les composent tendent alors à interroger les dispositifs et micro-dispositifs dans lesquels ils sont inscrits, et invitent le spectateur à interroger de la même manière ceux qui le surplombent.

Toujours sur la ligne, à jouer avec la limite – séduction/répulsion, précision obsessionnelle/réalisation imparfaite, création d’un langage/refus de la communication – Yoan est l’un des représentants d’une nouvelle génération d’artistes polymorphes ; principale qualité des natifs numériques qui collectionnent des subjectivités qui plutôt pouvaient sembler irréconciliables. Pour ces artistes, l’art est politique sans médiation (discours) politique. Fond et formes ne s’envisagent plus au sein d’un système d’opposition binaire dont l’explication donnerait (ou non) la clé. Ils ne sont plus ni opposés, ni identiques. Ils deviennent Trois ou plus. Ils sont forme-fond-sujet-soi-autre, tout en un.

Le travail de Yoan est aussi histoire de construction, de déconstruction, de détourage, de collage, de focus et de transformations. Une histoire de codes, de signes. C’est par l’analyse/la compréhension directe des codes du discours dominant qu’il élabore ses systèmes. Et c’est précisément dans ces replis fonctionnels que se cache le politique. Dans la caricature et la mise en exergue, l’exagération et le surplus, dans le choix précis des sources et de références. Car les images de l’artiste, souvent lisses, toujours appliquées, n’offrent pas un spectacle de plus mais une nouvelle réalité déstructurée et dysfonctionnelle dont les codes accentués ou torturés révèlent leur absurdité intrinsèque. Les nus, comme dans Fountain ou Funny Games ne sont pas attirants comme chez Koons, les aliments – Speedfreak, Füller, Pop Up – sont toujours immangeables et les peluches comme les chaussettes sont crucifiées ou explosées. Alors que la composition est précise, parfois jusqu’à l’obsession paranoïaque, la facture est volontairement imparfaite. A l’image de la réalité qu’il représente, son monde de loin est coloré, lisse et attirant. Ce n’est qu’en s’y attardant, en accordant de l’importance aux détails, que se révèlent les fils mal coupés, les dysfonctionnements sociaux, la fausse peinture au scotch, les libertés feintes, les aplats pas si plats, l’abus et le spectacle.

for the exhibition dirty like a smiling fish @ nicolas krupp gallery, yoan mudry